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Créances en souffrance : +4,6 % dans le crédit bancaire marocain en janvier 2026


Rédigé par Lycha Jaimssy MBELE le Mercredi 18 Mars 2026

Au cœur des chiffres publiés par Bank Al‑Maghrib pour janvier 2026, une réalité inquiète : les créances en souffrance continuent leur progression dans le système bancaire marocain. Cette montée (+4,6 %) alimente le débat sur la qualité du crédit et les risques pour l’économie, tout en interrogeant la capacité des banques, des entreprises et des ménages à faire face à leurs engagements financiers.



Créances en souffrance : +4,6 % dans le crédit bancaire marocain en janvier 2026

Les données monétaires les plus récentes de la banque centrale montrent que les créances non performantes ont augmenté de 4,6 % en janvier 2026, par rapport à décembre 2025, confirmant une tendance ascendante du niveau des prêts en difficulté au sein du secteur bancaire. Cette évolution se traduit aussi dans le ratio de ces prêts par rapport à l’encours total du crédit bancaire, qui a atteint 8,3 %, contre 8 % le mois précédent. 
 

Cet indicateur, crucial pour mesurer la santé financière des banques, traduit la part des crédits qui ne sont plus remboursés à temps ou dont le recouvrement est incertain : une hausse inquiète car elle reflète des fragilités latentes dans le portefeuille de prêts des établissements de crédit.
 

Derrière ces chiffres agrégés se cachent des différences significatives selon les catégories d’emprunteurs : les sociétés non financières privées voient leurs créances en souffrance progresser de manière plus modérée, tandis que celles des ménages continuent d’augmenter, signalant une pression croissante sur la solvabilité des familles marocaines. Ce constat reflète des tensions sur le pouvoir d’achat et une exposition plus forte des ménages aux aléas économiques, un élément que beaucoup ressentent dans leur quotidien entre charges courantes et capacité à honorer leurs engagements.
 

L’augmentation des créances en souffrance intervient dans un contexte où le crédit bancaire continue pourtant de croître globalement : comme le souligne la banque centrale, l’encours de crédit total a enregistré une progression notable sur un an (+8,4 % en janvier 2026), portée par la demande de financement des entreprises et des particuliers, mais aussi par une reprise plus large de l’activité économique. 
 

Cependant, cette croissance du crédit ne doit pas masquer une réalité plus nuancée : si les banques intensifient les prêts, une part croissante de ces financements se dégrade, fragilisant leurs bilans et posant la question de leur capacité à soutenir l’économie sans prendre des risques excessifs.
 

Cette dynamique est particulièrement observable dans certains segments du marché du crédit non bancaire : les sociétés financières autres que les banques ont vu leurs prêts au secteur non financier bondir, confirmant une diversification des sources de financement mais aussi une exposition accrue à des segments plus risqués ou moins bien sécurisés.
 

Le contexte macroéconomique global reste néanmoins favorable : les prévisions de croissance pour 2026 sont optimistes, et la stabilité monétaire bénéficie d’un environnement d’inflation contrôlée, selon les projections de Bank Al‑Maghrib et d’autres analyses économiques. Pourtant, ces perspectives positives ne doivent pas occulter l’importance d’une gestion prudente du crédit et le renforcement des pratiques de gestion des risques au sein des institutions financières afin d’éviter une dégradation plus profonde de la qualité des portefeuilles. 
 
Alors que le Maroc s’engage vers une croissance plus élevée et une meilleure intégration financière, la progression des créances en souffrance révèle une vulnérabilité qui ne doit pas être sous‑estimée. Pour que le crédit reste un vecteur dynamisant de l’économie marocaine, il faut plus que des chiffres en hausse : une gouvernance du risque robuste, une transparence accrue et une vigilance partagée entre banques, entreprises et ménages. C’est ainsi que le système bancaire peut continuer d’être un pilier fiable du développement socio‑économique, sans laisser les risques s’accumuler en silence.





Mercredi 18 Mars 2026